Tarot de Marseille
Histoire de la cartomancie à Paris
Comment un jeu de cartes italien est devenu, ici, un métier
On présente souvent le Tarot de Marseille comme une tradition venue du sud et perdue dans la nuit des temps. L’histoire réelle est plus intéressante, et beaucoup plus parisienne.
En résumé
- Le tarot naît en Italie du Nord au XVe siècle comme un jeu de cartes, pas comme un outil de divination : son usage divinatoire n’est documenté qu’à partir du XVIIIe siècle.
- C’est à Paris que la cartomancie devient un métier : Jean-Baptiste Alliette, dit Etteilla (1738-1791), est le premier professionnel connu à en vivre.
- Marie-Anne Lenormand (1772-1843) exerce environ quarante ans au 5 rue de Tournon et reçoit Joséphine de Beauharnais ; elle déclare officiellement l’activité de libraire.
- Le jeu qui a fait le tour du monde sous le nom de Tarot de Marseille est une édition parisienne : l’Ancien Tarot de Marseille publié en 1930 par Paul Marteau chez Grimaud.
- Deviner l’avenir a été une contravention en France jusqu’en 1994 : l’ancien article R.34 du code pénal punissait « ceux qui font métier de deviner ».
Une chose à dire d’emblée
Le tarot n’a pas été inventé pour lire l’avenir. C’est un jeu de cartes, né en Italie du Nord au XVe siècle, auquel on jouait comme on joue à la belote. Les 22 figures que nous appelons aujourd’hui arcanes majeurs étaient des atouts. Rien, dans les documents de l’époque, ne les associe à la divination.
Cela ne retire rien au Tarot de Marseille, au contraire. Ses images ont traversé cinq siècles parce qu’elles sont justes : un homme suspendu par un pied, une tour frappée par la foudre, une femme qui verse de l’eau dans une rivière. Elles disent quelque chose de la condition humaine avant de dire quoi que ce soit de votre avenir. C’est même pour cela qu’elles fonctionnent en consultation.
Ce qui suit est l’histoire vérifiable de la manière dont ce jeu est devenu un outil de lecture, et du rôle décisif qu’a joué Paris dans cette transformation. Les sources sont indiquées en bas de page.
Six siècles, neuf étapes
- XVe siècle Italie du Nord
Le tarot naît comme un jeu
Les premiers tarots apparaissent à Milan et Ferrare. Ce sont des jeux de cartes à atouts, les trionfi, peints puis imprimés, que l’on joue comme on joue aux cartes. Aucune trace d’un usage divinatoire à cette époque : les 22 figures qui deviendront les arcanes majeurs sont des atouts, pas des oracles.
- XVIe - XVIIe siècles Marseille, Lyon, Besançon
Un modèle de cartes se fixe
Les cartiers français impriment à partir de bois gravés un modèle qui se stabilise : les mêmes figures, les mêmes noms, la même numérotation romaine additive (IIII, VIIII, XIIII). Marseille en produit beaucoup, mais Lyon, Besançon et la Suisse aussi. Le nom « Tarot de Marseille » ne sera employé que bien plus tard.
- 1781 Paris
Court de Gébelin invente une origine égyptienne
Dans le huitième volume du Monde primitif, Antoine Court de Gébelin consacre au tarot un essai où il affirme y reconnaître un livre sacré de l’Égypte ancienne. L’hypothèse est fausse et les historiens l’ont écartée depuis longtemps. Elle a pourtant lancé, à Paris, tout l’imaginaire ésotérique du tarot.
- 1770 - 1791 Paris
Etteilla fait de la cartomancie un métier
Jean-Baptiste Alliette, dit Etteilla, publie en 1770 un ouvrage sur la lecture d’un jeu de piquet, puis, à partir de 1783, systématise la lecture du tarot. Il est le premier professionnel connu à vivre de la cartomancie, et conçoit vers 1789 le premier jeu spécialement dessiné pour la divination.
- 1790 - 1843 5 rue de Tournon, Paris 6e
Mademoiselle Lenormand reçoit tout Paris
Marie-Anne Lenormand tient cabinet pendant une quarantaine d’années rue de Tournon, avec au-dessus de sa porte la mention « libraire », prudence utile face à la police. Elle reçoit Joséphine de Beauharnais, et une bonne partie du Paris politique de la Révolution et de l’Empire. La voyance parisienne devient une affaire mondaine.
- 1854 - 1856 Paris
Éliphas Lévi relie le tarot à la kabbale
Alphonse-Louis Constant, sous le nom d’Éliphas Lévi, publie Dogme et rituel de la haute magie, en deux volumes de 22 chapitres chacun, qui font correspondre les 22 arcanes majeurs aux 22 lettres de l’alphabet hébreu. C’est cette lecture, née à Paris, qui structurera tout l’ésotérisme occidental du tarot.
- 1889 Paris
Papus consacre un livre entier au tarot
Gérard Encausse, dit Papus, achève à Paris Le Tarot des Bohémiens, premier ouvrage entièrement consacré au sujet. Le tarot cesse d’être un chapitre dans un traité de magie pour devenir une discipline à part entière.
- 1930 Grimaud, Paris
Le Tarot de Marseille devient parisien
Paul Marteau, à la tête de la maison de cartes Grimaud, publie l’Ancien Tarot de Marseille : une réédition du modèle ancien, aux couleurs fixées, destinée explicitement à la lecture symbolique et divinatoire. Vendu à des millions d’exemplaires, ce jeu est devenu la référence mondiale. Le Tarot de Marseille que presque tout le monde utilise aujourd’hui est donc une édition parisienne.
- 1er mars 1994 France
Deviner l’avenir cesse d’être une infraction
L’ancien article R.34 du code pénal punissait d’une amende « ceux qui font métier de deviner et pronostiquer ou d’expliquer les songes ». Il disparaît avec l’entrée en vigueur du nouveau code pénal. L’activité devient une activité indépendante ordinaire, déclarée et imposée comme telle, sans diplôme ni ordre professionnel.
Le détail que presque personne ne mentionne
Le jeu que l’on appelle Tarot de Marseille, celui que l’on trouve dans toutes les librairies et que beaucoup de praticiens utilisent, est une édition parisienne de 1930. Paul Marteau dirigeait alors Grimaud, maison de cartes installée à Paris. Il a repris le modèle ancien, fixé les couleurs, et publié l’Ancien Tarot de Marseille en le destinant explicitement à la lecture symbolique.
Autrement dit : le modèle vient du sud et de l’imprimerie sur bois, mais la version qui a fait le tour du monde a été pensée et publiée ici. La cartomancie parisienne n’est pas une curiosité locale, c’est le centre de gravité de toute l’histoire moderne du tarot.
Les lames reproduites sur ce site viennent d’ailleurs d’un jeu parisien plus ancien encore : un Tarot de Marseille publié par Lequart vers 1890, numérisé par la Bibliothèque nationale de France et tombé dans le domaine public. Le nom de l’éditeur est visible sur la tranche de chaque carte.
Et aujourd’hui, dans le 14e
Cette histoire n’est pas un décor. Elle explique pourquoi je travaille avec le Tarot de Marseille et pas avec un oracle inventé la saison dernière : un jeu dont la symbolique est stable depuis des siècles se lit dans la durée, et se discute. Les images ne m’appartiennent pas, je ne peux donc pas leur faire dire n’importe quoi.
Elle explique aussi la prudence sur ce que la lecture peut et ne peut pas faire. Court de Gébelin s’est trompé sur l’Égypte parce qu’il voulait trouver ce qu’il cherchait. C’est le risque permanent du métier, et la raison pour laquelle je préfère dire ce que je perçois plutôt que ce que l’on voudrait entendre. J’en parle dans les limites de la voyance.
Je reçois au cabinet, au 36 rue Antoine Chantin, à Paris 14e. Pour comprendre comment se déroule une séance, voyez la page consultation ou la lecture du Tarot de Marseille.
Sources
- Ancien article R.34 du code pénal, version en vigueur jusqu’au 28 février 1994
- Etteilla (Jean-Baptiste Alliette), notice biographique
- Le Livre de Thot d’Etteilla (vers 1789), The Public Domain Review
- Mlle Lenormand (1772-1843), fondation Napoléon
- Dogme et rituel de la haute magie, Éliphas Lévi (1854-1856), texte intégral
- Le Tarot des Bohémiens, Papus (1889), texte intégral
- Gwenaël Beuchet, « Paul Marteau, auteur et éditeur de l’Ancien Tarot de Marseille (1930) »
- Jeux de tarot anciens numérisés, Gallica (Bibliothèque nationale de France)
Lames du Tarot de Marseille publié par Lequart (Paris, 1890), numérisées par la Bibliothèque nationale de France (Gallica). Domaine public.
Questions fréquentes sur l’histoire du tarot
- Le tarot a-t-il été créé pour prédire l’avenir ?
- Non. Le tarot apparaît en Italie du Nord au XVe siècle comme un jeu de cartes à atouts, joué pour lui-même. Son usage divinatoire n’est attesté qu’à partir du XVIIIe siècle, en France, plus de trois cents ans après l’invention du jeu.
- Le Tarot de Marseille vient-il de Marseille ?
- En partie seulement. Le modèle de cartes que l’on appelle ainsi a été fabriqué à Marseille, mais aussi à Lyon, à Besançon et en Suisse. Le nom lui-même ne s’impose qu’au XXe siècle, et l’édition qui l’a rendu célèbre dans le monde entier est parisienne : celle de Paul Marteau chez Grimaud, en 1930.
- Qui était Etteilla ?
- Jean-Baptiste Alliette (1738-1791), dit Etteilla, est le premier cartomancien professionnel connu de l’histoire : il a vécu de la lecture des cartes à Paris. Il publie en 1770 un premier ouvrage sur la lecture d’un jeu ordinaire, puis systématise la cartomancie par le tarot à partir de 1783.
- Qui était Mademoiselle Lenormand ?
- Marie-Anne Lenormand (1772-1843) est la voyante la plus célèbre de son époque. Elle exerce environ quarante ans au 5 rue de Tournon, à Paris, sous l’enseigne de libraire, et compte parmi ses visiteurs Joséphine de Beauharnais. Le jeu de cartes qui porte son nom a été édité après sa mort.
- La voyance a-t-elle été interdite en France ?
- Elle a longtemps été une contravention. L’ancien article R.34 du code pénal punissait d’une amende « ceux qui font métier de deviner et pronostiquer ou d’expliquer les songes ». Cette disposition a disparu avec l’entrée en vigueur du nouveau code pénal, le 1er mars 1994. L’activité est depuis libre, et déclarée comme n’importe quelle activité indépendante.
Paris 14e
Une lecture du Tarot de Marseille à Paris 14e
Pour une première consultation au cabinet à Paris 14e, appelez ou écrivez sur WhatsApp. Je vous réponds tous les jours de 8 h 30 à 20 h.
Tous les jours, de 8 h 30 à 20 h